Itzhak Shamir, du sang-froid dans l’action

« Mon rêve, c’est de voir les Juifs du monde entier se rassembler sur leur terre, dans leur pays historique. C’est possible, cela dépend seulement de notre volonté, de notre détermination. Si nous sommes décidés à parvenir à ce but, et même si ce n’est pas facile, ce sera réalisé.
C’est l’essentiel à mes yeux. »

Propos d’Itzhak Shamir, recueillis par Frédéric Encel au printemps 1997.

Itzhak Shamir, né Yzernitsky, vient au monde en Pologne en 1915, dans le petit village de Ruzinoy. Avec ses parents, il parle le yiddish et le polonais, tandis qu’il apprend l’hébreu et la Bible au lycée juif de Bialystok. Très jeune déjà, Shamir montre une forte curiosité pour tout ce qui concerne la Palestine. Il en suit assidûment l’actualité grâce aux journaux que son père reçoit régulièrement. Agé d’à peine quinze ans, lorsqu’il apprend que les Juifs de Jérusalem ont été victimes de pogroms de la part des Arabes, il décide de rejoindre les rangs du Betar.

Après le lycée, comme beaucoup d’autres de ses coreligionnaires de l’époque, le jeune Itzhak part à Varsovie, capitale culturelle et universitaire, pour y suivre des études de droit. Mais dès 1935, l’antisémitisme venu d’Allemagne contamine la ville. Menacé en permanence par la terreur que font régner des bandes de casseurs armés, Shamir, comme d’autres étudiants juifs, ne se rend plus à l’université sans son canif. La situation se dégrade encore plus après la visite en Pologne du ministre de la propagande du IIIe Reich, Joseph Goebbels. Shamir décide alors de rejoindre la Palestine. Dès le mois de février 1935, il quitte son pays natal pour toujours.

Shamir débarque du Polonia au port de Jaffa, les poches vides, mais fier d’avoir accompli son rêve. Dans un premier temps, il exerce divers petits métiers pour survivre. Il suit en parallèle des études d’Histoire juive à l’Université hébraïque de Jérusalem.
L’arrivée en Eretz Israël ne calme pas les ardeurs sionistes du jeune Polonais.

Au contraire. Dès 1937, il fait son entrée dans le mouvement clandestin Etzel, plus connu sous le nom d’Irgoun. Il s’agit d’une organisation sioniste armée de la Palestine mandataire, née d’une scission de la Haganah. Comme le Betar, l’Irgoun défend la construction d’un Etat juif sur les deux rives du Jourdain. Là, Shamir apprend le maniement des armes et se familiarise avec les explosifs. Rapidement, il rejoint une unité spéciale, chargée du renseignement, des représailles contre les bandes armées arabes et contre les cibles stratégiques de l’occupant britannique.

Un clandestin en Palestine

Mais Shamir juge l’Irgoun trop modéré à son goût. En septembre 1940, il rejoint une dissidence du mouvement, plus radicale, le « Lehi » ou « Groupe Stern », du nom de son fondateur Avraham Stern, vénéré par le jeune Itzhak. Les buts sont clairs : évincer par la force le Mandat britannique de la Palestine pour permettre une immigration sans restriction des Juifs et la formation d’un Etat juif sur toute la Palestine et l’actuelle Jordanie. A cette époque, Itzhak Shamir fait son entrée dans la clandestinité et y restera jusqu’à la création de l’Etat d’Israël, en 1948.

Pendant cette période, rien n’est laissé au hasard. Sur sa carte d’identité falsifiée, il a troqué son prénom pour celui plus combattant de Michael, en hommage au chef irlandais Michael Collins de l’IRA qui a lutté contre les Britanniques pour l’indépendance de son pays. Ce sont ces mêmes Anglais qui sont à ses trousses et Shamir se fait prendre une première fois en 1941. Enfermé dans la prison de Saint-Jean d’Acre, il parvient avec d’autres combattants du Lehi à s’évader, en creusant un tunnel long de 76 mètres. En 1942, son chef adoré, Stern, est assassiné à Tel-Aviv par un policier britannique. Le coup est dur pour Shamir, dont les actions à l’encontre des mandataires ne font alors que se renforcer.

Il devient l’homme à capturer. Sa tête est mise à prix et une demande de rançon est affichée dans les rues. Habilement, le jeune clandestin déjoue les embuscades. Il change sans cesse de domicile, se laisse pousser la barbe. La nuit, quand il sort délivrer quelques messages codés, on le reconnaît mal sous son déguisement de Juif orthodoxe.

Parmi ses intermédiaires secrets, une jeune fille d’origine bulgare, Shoulamit Lévy, dont il tombe amoureux fou et qu’il épouse en secret peu de temps après leur première rencontre. A la naissance de leur fils, Yaïr, en 1946, Shamir est de nouveau fait prisonnier par les Britanniques et déporté en Erythrée. Une seconde fois, il parvient à s’échapper. Il se réfugie à Djibouti, alors sous protectorat français. D’abord réticente, la France finit par lui accorder le droit d’asile politique. Shamir devient un fervent francophile.

Du dissident actif au politique de sang-froid

Un an plus tard, en mai 1948, il voit son souhait le plus cher se réaliser enfin : les Britanniques quittent la Palestine et l’Etat d’Israël est proclamé. Sans tarder, il embarque pour Haïfa. Il retrouve sa famille, et ses camarades du Lehi. Dans le contexte de la guerre d’Indépendance, ces derniers n’acceptent pas les plans de restriction concernant l’immigration juive et la proposition de trêve du médiateur des Nations unies : le comte Folke Bernadotte est alors assassiné le 17 septembre 1948. Même si Shamir n’a pas directement commis le crime, il était au courant des préparatifs…

Cet incident déclenche la colère du Premier ministre David Ben Gourion. Le Lehi devient hors-la-loi et est démantelé. Shamir est de nouveau clandestin. Mal à l’aise face à cette situation, il décide de se réconcilier avec le chef d’Etat israélien lors d’une réunion secrète. Quelques jours plus tard, l’amnistie générale est proclamée pour tous les membres des mouvements clandestins.

Enfin libre dans son pays, une période difficile commence cependant pour Itzhak Shamir. Son passé d’homme d’action au sein d’une organisation dissidente lui porte préjudice et le tient écarté des affaires de l’Etat. Péniblement, il fait vivre sa famille grâce à toutes sortes de travaux. Jusqu’en 1955, quand Isser Harel, chef du Mossad, décide de l’embaucher. Shamir, est comblé. Pendant dix ans, il participe à de nombreuses missions, dont certaines demeurent secrètes encore aujourd’hui.

A 55 ans, Shamir se lance dans la politique et rejoint les rangs du parti Herout de Begin. Pendant 26 ans, il sera successivement président de la Knesset (1977), ministre des Affaires étrangères (1980), Premier ministre (de 1983 à 1984 et de 1986 à 1992). Longtemps, sa politique sera intransigeante concernant la solution du problème palestinien. Il refuse tout contact avec l’OLP d’Arafat, en qui il n’a pas confiance.

Quand, pendant la guerre du Golfe de1991, l’Irak attaque Israël par des tirs de missile Scud, Shamir, alors Premier ministre, fait preuve de sang-froid et décide, à la demande des Etats-Unis, de ne pas répondre. « Je n’ai pas changé de politique, mais de tactique, dans l’intérêt national », expliquera-t-il. La force tranquille d’Itzhak Shamir porte vite ses fruits. Jérusalem sort renforcé du conflit, avec des garanties pour sa défense de la part de Washington. La Conférence de paix de Madrid fin Octobre 1991 est une véritable victoire diplomatique pour Israël, qui obtient des négociations directes et sans préalables avec les Arabes.

Malgré cela, quelques mois plus tard, Shamir se voit écarté du pouvoir lors des élections. Amer, il quitte aussi la direction du Likoud en mars 1993, non sans avoir critiqué la politique envers les Palestiniens de son successeur Binyamin Netanyahou, qu’il jugeait trop molle. Trois ans plus tard, il quitte la Knesset et met fin à sa carrière politique. Critiqué pour son immobilisme vis-à-vis de la question palestinienne, Shamir n’en demeure pas moins un homme politique respecté en Israël.

Sources

http://fr.jpost.com



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